Archive pour la catégorie 'Le Devoir'

Mauvaise stratégie des « réalistes »

Le fait que des souverainistes de longue date demandent au Parti québécois de revoir son programme n’a rien de très surprenant. Pas plus d’ailleurs que la position qu’ils adoptent en ce qui a trait aux moyens de faire l’indépendance du Québec. Le texte des «réalistes» publié dans Le Devoir semble toutefois venir tout droit d’une autre planète. À l’heure où des Michel Tremblay et des Robert Lepage nous rappellent que le projet souverainiste doit s’articuler autour des valeurs et des priorités de la société québécoise, comment se fait-il que des ténors du mouvement souverainiste s’embourbent dans un débat technique?

Les signataires du Manifeste pour une approche réaliste de la souveraineté contribuent au désintérêt de la société québécoise à l’égard de la question nationale. Plutôt que d’actualiser le projet souverainiste et d’expliquer aux Québécois comment un Québec souverain pourrait mieux répondre à leurs aspirations, le long manifeste a principalement deux effets: diviser les troupes souverainistes entre purs et durs et modérés et permettre aux fédéralistes de remettre en question la légitimité d’un hypothétique référendum qui se gagnerait à 50 % plus une voix.

Plutôt que de parler du processus menant à l’indépendance du Québec, les souverainistes auraient avantage à saisir toutes les occasions d’occuper l’espace public en rappelant aux Québécois en quoi un pays propre à eux leur serait avantageux, et ce, sur le plan tant économique que culturel. Sans cette démarche pédagogique, les débats sur la question nationale seront intellectuellement faibles et émotionnellement vides de sens.

Publié dans le quotidien Le Devoir le 18 mai 2006

Plus qu’un chef au PQ

Tous ceux et celles qui souhaitaient une réelle course à la chefferie du Parti québécois ne sont certainement pas déçus de voir le nombre de candidats et de candidates qui sont entrés dans la course depuis la démission de Bernard Landry. Tous les militants du Parti québécois espéraient et espèrent que cette course soit d’abord une belle occasion pour des débats fondamentaux au sein du parti. Entre la vieille garde, l’expérience, la différence, la jeunesse et même le chef sortant, il y a un mélange susceptible de faire émerger le meilleur des forces vives du PQ. Malheureusement, jusqu’à aujourd’hui, nous avons assisté surtout à une bataille de slogans, dans certains cas fort ternes, au point où nous souhaitons que certains candidats se désistent dès aujourd’hui. Nous ne sommes bien sûr qu’au début de cette campagne au leadership. Certaines équipes sont à peine constituées et d’autres candidats s’ajouteront. Mais il en faudra davantage pour que les Québécois soient prêts à aller de l’avant avec le Parti québécois.

showBigBox();Alors que les aspirants travaillent sans relâche à multiplier leurs appuis, pourquoi les thèmes et discours ne réussissent-ils pas à animer les débats? Plusieurs militants restent prudents alors que d’autres attendent de voir la décision de Bernard Landry de se succéder à lui-même. Reste que, pour le moment, les programmes des candidats sont plutôt ternes. Il y aura bien sûr à l’automne une série de débats qui viendront éclairer partisans et électeurs. Il faut espérer que cela relèvera le débat. En fait, l’impression générale est que le Parti québécois cherche davantage un rassembleur à l’image de René Lévesque qu’un chef ayant la capacité de gouverner le Québec et d’en faire un pays. Le double mandat du PQ de former un bon gouvernement tout en faisant la promotion de l’indépendance continue de diviser ses forces et d’entretenir certaines ambiguïtés que les candidats devront résoudre le plus tôt possible. Le rôle du prochain chef du PQ sera autant d’amener une équipe compétente à Québec que de se donner les outils pour mener à bien le prochain référendum sur la souveraineté du Québec. Il deviendra celui qui représentera le Québec sur l’échiquier international. Ses décisions stratégiques seront capitales pour la suite des choses.

S’il fallait être pédagogue pour faire comprendre aux Québécois l’option souverainiste dans les années 1970, aujourd’hui les militants du PQ n’ont plus à démontrer la légitimité de leur option. Lorsque l’on regarde la croissance des appuis des Québécoises et Québécois à la souveraineté depuis la création du Parti québécois en 1968, la progression est constante avec des soubresauts conjoncturels. Si les grands discours influencent les électeurs à court terme, la prise de conscience collective et l’éducation populaire ont une portée beaucoup plus pénétrante. Il est donc inutile de chercher un sauveur. La «bonne nouvelle» péquiste s’est répandue et s’alimente d’elle-même! L’identité québécoise existe désormais de manière bien distincte; les fédéralistes québécois ne débattent même plus de cette question. Il reste donc à répondre aux différentes interrogations des citoyens qui veulent des réponses quant aux effets et conséquences dans leur vie quotidienne de la transition vers la souveraineté. Ils sont prêts à voter pour une équipe sérieuse qui leur démontrera clairement que les avantages sont supérieurs aux coûts.

Pour cela, il faudra que le chef du Parti québécois soit capable de faire progresser l’option souverainiste en misant sur la confiance et la lucidité de nos concitoyens. Un chef est certes important, mais une équipe forte ayant des objectifs communs demeure bien plus primordiale. C’est ce qui nous semble faire défaut actuellement dans cette campagne. Les candidats annoncés ne se sont toujours pas faits rassurants, visionnaires et pédagogues. Prendre les commandes d’un parti ayant le vent dans les voiles — principalement parce que son principal opposant est en chute libre — est bien attrayant pour un aspirant à la tête du PQ, mais la conjoncture actuelle a peu à voir avec les aspirations souverainistes. De toute façon, il serait dangereux de bâtir un pays prospère par opportunisme.

Le prochain chef du PQ devra faire en sorte que les questionnements qui émergent du débat sur la souveraineté trouvent des réponses claires. À ce titre, une équipe capable de vulgariser et faire comprendre les avantages de ce projet de société est la meilleure avenue. Au-delà des idéaux personnels ou de l’objectif ultime d’une carrière politique, il faudra que le chef du PQ soit patient et ait d’abord à coeur l’intérêt du Québec. Pour bâtir le pays, le Parti québécois a besoin de l’appui de l’ensemble de la population. Pour ce faire, il faut que tous les membres et les candidats à la direction du PQ soient capables de projeter le Québec dans l’avenir. Bernard Landry disait «la patrie avant le parti, et le parti avant l’homme». Reste à savoir si son successeur saura chausser ses souliers.

Publié dans le quotidien Le Devoir le 19 juillet 2005

Cet article a été co-signé avec Guy Lachapelle, professeur de science politique à l’Université Concordia.


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