André Boisclair démissionne. Et il était grand temps. 18 ans après sa première élection à l’Assemblée nationale, il aura dirigé le PQ moins de 18 mois. Alors que l’ADQ est en position de force pour faire tomber le gouvernement minoritaire libéral de Jean Charest, il aurait été périlleux pour le Parti québécois (PQ) de garder un chef qui ne savait pas rallier les souverainistes.
L’entrevue à Radio-Canada vendredi dernier a certainement précipité les choses. Mais les raisons profondes de son départ sont ailleurs.
Le renouveau du PQ promis depuis la défaite référendaire de 1995 ne s’est jamais concrétisé. Alors que la « saison des idées » devait permettre d’articuler le projet souverainiste autour des priorités des Québécois (démographie, environnement, développement économique, etc.), la démission de Bernard Landry en juin 2005 a plongé le PQ dans une course au leadership peu captivante. S’ensuivit une période de stagnation pendant laquelle peu de nouveaux visages ont joint les rangs péquistes, alors que les ténors se montraient peu enthousiastes quant à la nouvelle dynamique. Deux des trois mousquetaires (Jonathan Valois et Stéphan Tremblay) ont quitté, Louise Beaudoin a décidé de ne pas revenir, et M. Landry y est allé de déclarations peu positives à l’égard d’André Boisclair.
Malgré une bonne fin de campagne électorale, André Boisclair a fait trop peu trop tard. S’il a d’abord représenté la nouveauté, il est vite devenu un élément perturbateur des forces souverainistes. Sa capacité à attirer des dizaines de milliers de nouveaux membres pendant la course au leadership en 2005 n’aura pas eu d’écho une fois en poste. On retiendra davantage sa consommation de cocaïne et son orientation sexuelle que sa participation aux débats publics. Même s’il n’était pas confortable avec le programme du parti, M. Boisclair aurait probablement su rallier les troupes s’il avait été rassurant, visionnaire et pédagogue. En tant que premier représentant du mouvement souverainiste, le chef du PQ doit être de tous les débats pour expliquer comment un Québec souverain serait avantageux pour l’ensemble de la population québécoise. M. Boisclair a manqué à ses devoirs en s’appuyant sur l’impopularité du gouvernement Charest au cours de son premier mandat pour gagner la confiance des électeurs.
Plus qu’un chef au PQ
Les élections du 26 mars dernier ont posé un jugement sévère au PQ. S’il aurait été préférable que les remises en question se fassent bien avant, le moment est tout indiqué pour que le mouvement souverainiste reformule ses objectifs. Si le chef est un élément central, c’est le programme qui doit d’abord et avant tout rassembler les militants et députés pour en arriver à une articulation cohérente des messages envoyés par le Parti Québécois.
Je concluerai comme je l’ai fait en juillet 2005 dans Le Devoir : Le prochain chef du PQ devra faire en sorte que les questionnements qui émergent du débat sur la souveraineté trouvent des réponses claires. À ce titre, une équipe capable de vulgariser et faire comprendre les avantages de ce projet de société est la meilleure avenue. Au-delà des idéaux personnels ou de l’objectif ultime d’une carrière politique, il faudra que le chef du PQ soit patient et ait d’abord à coeur l’intérêt du Québec. Pour bâtir le pays, le Parti québécois a besoin de l’appui de l’ensemble de la population. Pour ce faire, il faut que tous les membres et les candidats à la direction du PQ soient capables de projeter le Québec dans l’avenir. Bernard Landry disait « la patrie avant le parti, et le parti avant l’homme ». Reste à savoir si son successeur saura chausser ses souliers.
Publié sur le site Internet de Cent Papiers le 8 mai 2007