Archive pour la catégorie 'Agence de presse étudiante mondiale'



Une bombe à Stansted ? Nevermind…

Les menaces terroristes deviendront-elles banales ? À Londres, c’est ce que les derniers jours semblent indiquer.

Le niveau d’alerte terroriste est présentement à son maximum au Royaume-Uni. Vendredi, deux Mercedes piégées ont été découvertes dans le West End, un quartier touristique à Londres. Elles contenaient plusieurs litres d’essence, des bonbonnes de gaz et des clous.

Samedi, à Glasgow en Écosse, un véhicule a foncé à toute vitesse contre l’aéroport. On a d’abord cru qu’il s’agissait d’un accident, avant de réaliser que c’était plutôt un attentat terroriste.

Dimanche et lundi, la police a procédé à des explosions contrôlées sur des véhicules dans le stationnement de l’hôpital où est soigné l’un des deux auteurs de l’attentat de Glasgow. Jusqu’à maintenant, huit suspects ont été arrêtés.

Les mesures de sécurité ont été renforcées ; on en parle partout dans les médias. Mais dans les rues de Londres, on le remarque bien peu. C’est plutôt business as usual. Restaurants, cafés, métro et attractions touristiques sont bondés. Après tout, faudrait-il se cloîtrer ad vitam aeternam ?

Lundi soir, les parents d’un ami doivent prendre l’avion à Londres (Stansted). Pour eux, la principale conséquence des menaces terroristes est de devoir se rendre à l’aéroport plus tôt qu’à l’habitude en raison des délais engendrés par les mesures de sécurité dans les gares et aéroports. Bien malchanceux, malgré leurs précautions, l’aéroport est évacuées. Ils se retrouvent dans le stationnement, sous la pluie battante, après que des agents aient découvert un colis suspect. Leur vol est finalement annulé ; ils devront passer la nuit à l’aéroport en espérant pouvoir prendre l’un des premiers vols le lendemain matin. Il téléphone à leur fils pour l’en informer. N’ayant entendu que partiellement la conversation, je lui demande « Y a-t-il une bombe à Stansted ? ». Le plus naturellement du monde, il me répond « Nevermind, un autre colis suspect ».

Visiblement, les menaces commencent à faire partie du quotidien.

 Publié sur le site de l’Agence de presse étudiante mondiale le 3 juillet 2007.

Internet: La liberté d’information mise à mal

Au moins 25 gouvernements censurent Internet. C’est ce que révèle un rapport préliminaire du groupe d’observation Open Net Initiative après avoir étudié 41 pays. YouTube, Skype et Google Maps font partie des victimes.

Si Internet peut être synonyme d’ouverture pour le monde, il peut également servir à contrôler l’information. Depuis quelques années déjà, des gouvernements développent des mécanismes de censure pour que certains sites ne soient pas accessibles à partir des connections Internet sur leur territoire.

Présumant qu’ils n’existent pas ou qu’ils sont hors d’usage, on bloque les sites jugés inappropriés. Certains gouvernements censurent “seulement” l’information sur des sujets tabous (pornographie, homosexualité, jeux de hasard). D’autres filtrent l’information sur des enjeux politiques précis (par exemple, la Corée du Sud bloque ce qui vient de la Corée du Nord). D’autres encore bloquent à peu près n’importe quoi qui pourrait contenir des propos peu reluisants à leur égard. C’est notamment le cas de la Chine, qui a fait l’objet de plusieurs critiques au cours des dernières années [1]. Une collaboratrice de l’APEM a d’ailleurs publié un article à ce sujet en avril dernier.

À l’échelle internationale, il n’existe pas de droit à l’information. Et il n’est pas surprenant que les citoyens n’ont généralement aucun moyen de se plaindre de blocages abusifs (ou “par erreur” ). L’Arabie Saoudite, l’Oman et les Émirats Arabes Unis sont parmi les rares pays qui offrent un tel mécanisme.

L’objectif du rapport de Open Net Initiative est donc de sensibiliser les citoyens et les gouvernements à la censure. Les auteurs font partie de groupes de recherche des universités de Cambridge, Harvard, Oxford et Toronto. Ils ont documenté et analysé les pratiques de censure dans une quarantaine de pays. Ils examinent les forces et faiblesses de la technologie utilisée, les considérations éthiques pour les entreprises qui la fournissent, la pertinence du droit international et les implications pour les réseaux d’activistes qui utilisent de plus en plus les nouvelles technologies pour rejoindre leurs sympathisants. Le rapport final du groupe d’observation est attendu à l’automne. À lire !

Liste des pays étudiés par l’ONI où Internet est censuré : Azerbaïdjan, Bahreïn, Birmanie/Myanmar, Chine, Éthiopie, Inde, Iran, Jordanie, Libye, Maroc, Oman, Pakistan, Arabie Saoudite, Singapour, Corée du Sud, Soudan, Syrie, Tadjikistan, Thaïlande, Tunisie, Turkménistan, Émirats arabes unis, Ouzbékistan, Vietnam et Yémen.

[1] à propos de la liberté d’expression et d’Internet en Chine : http://www.hrw.org/backgrounder/asia/china-bck-0701.htm

 Publié sur le site Internet de l’Agence de presse étudiante mondiale le 20 mai 2007

Le Canada doit-il se retirer d’Afghanistan?

Alors qu’on rapatrie les corps des soldats canadiens morts en Afghanistan, les débats entourant la participation du Canada refait surface à la Chambre des communes. On ne cherche pas à modifier l’engagement, mais les libéraux veulent s’assurer que le gouvernement annonce dès maintenant qu’il retirera ses troupes en février 2009, date jusqu’à laquelle il s’est engagé au printemps 2006. 

Le gouvernement conservateur est plutôt ambigu quant à l’avenir de la mission. D’un côté, le ministre de la Défense nationale, Gordon O’Connor, a déclaré la semaine dernière que le Canada ne serait pas impliqué militairement en Afghanistan au-delà de 2009. Le 16 avril, Stephen Harper a répété à la Chambre des communes que si le gouvernement souhaite prolonger la mission, il consultera le Parlement.

Mais de l’autre côté, le gouvernement n’a pas indiqué comment il mettrait fin à sa mission. Et pour qu’on doute davantage de ses intentions, il annonçait la semaine dernière qu’il louera 20 chars blindés de l’Allemagne et en achètera 100 autres des Pays-Bas. Les blindés ne peuvent être utiles qu’en Afghanistan, où 2 500 des 2 677 soldats canadiens à l’étranger y sont déployés.

C’est dans cette confusion que les libéraux ont déposé cette semaine une motion pour forcer le gouvernement Harper à clarifier sa position [1]. Mais sur le fond, le Canada devrait-il effectivement se retirer d’Afghanistan en février 2009? Car présentement, on peut être pour ou contre l’engagement, mais on peut surtout être confus.

Des raisons pour se retirer

Certains diront qu’il est impossible de faire la chasse aux terroristes avec des forces militaires traditionnelles. Ainsi, il vaut mieux quitter au plus vite plutôt que de continuer à compter les morts. D’autant plus que la participation des membres de l’OTAN n’est pas suffisante pour résoudre les problèmes afghans.

D’autres ne voient pas comment les opérations en Afghanistan rejoignent les valeurs canadiennes. Après tout, le Canada n’avait pas prévu aider l’Afghanistan avant les attentats du 11 septembre. Son engagement ne viserait donc qu’à satisfaire les États-Unis.

Et on comprend mal comment la sécurité des Canadiens est mieux protégée en s’impliquant dans un tel conflit. En suivant la politique étrangère des États-Unis, le Canada perd son image pacifiste et devient une cible potentielle pour les terroristes. À l’automne 2006, un rapport confidentiel du renseignement américain indiquait d’ailleurs que la menace terroriste était pire depuis la guerre en Irak – comme quoi les invasions ne sont pas nécessairement positives pour notre sécurité.

L’heure est grave

En septembre 2006, le Secrétaire général des Nations Unies constatait que la situation en Afghanistan était dans son pire état. En avril 2007, Human Right Watch nous apprenait que l’année 2006 a été la plus meurtrière. Au moins 669 civils ont été tués dans des attaques de l’insurrection, dirigées de plus en plus vers la population civile [2]. Est-ce peine perdue? Le Canada doit-il effectivement se retirer au plus vite?

Des avancées, néanmoins

Les opérations en Afghanistan ne font pas que des morts et des débats politiques. Avant l’intervention militaire, l’Afghanistan n’avait pratiquement aucune structure étatique depuis un quart de siècle, et la situation n’annonçait rien de bon. Depuis, l’Afghanistan s’est doté d’une constitution en 2003, d’un président élu en 2004 et d’un parlement en 2005. Des dizaines de milliers de combattants auraient quitté les milices afghanes. Après avoir sécurisé la région de Kaboul, le Canada s’est dirigé vers Kandahar – la région la plus meurtrière. S’il y a plus de morts, c’est aussi parce que le travail avance. Sans l’intervention en cours, les talibans seraient encore au pouvoir, et aucun germe de démocratie ne serait en place.

Faut-il se retirer de l’Afghanistan?

Notes: 

[1] la motion pour clarifier le retrait des troupes sera votée le 24 avril

[2] Human Rights Watch (2007). Afghanistan : Civilians Bear Cost of Escalating Insurgent Attacks, [http://hrw.org/english/docs/2007/04/16/afghan15688.htm].

Publié sur le site Internet de l’Agence de presse étudiante mondiale le 20 avril 2007

Cuba: Un demi-siècle sans droit à l’information

Depuis maintenant 47 ans, la liberté de l’information n’existe pas au pays du comandante. Plus de 70 % des Cubains sont nés sous le régime castriste et n’ont donc jamais lu autre chose que la propagande du parti communiste qui les fait vivre dans un mélange d’histoires révolues, de peur et d’espoir.

Je reviens de Cuba après un séjour à lire et entendre la propagande du régime castriste. Il faut me remettre au diapason de l’actualité nationale et internationale. Dans les quotidiens québécois sur lesquels je mets la main dès mon entrée dans l’avion, je lis sur les sans-abris, la violence dans les écoles, les scandales politiques. À Cuba, c’était sur Fidel Castro qui se remettait bien de son opération, son frère Raúl qui avait fait bonne impression lors du sommet des pays non-alignés la semaine précédente, la détermination du peuple cubain qui lui permettra de prospérer malgré l’arrogance des États-Unis. Alors que les problèmes s’accumulent au Québec, tout va pour le mieux au pays des frères Castro. Du moins, c’est le message envoyé. Et pourtant…

Les journaux cubains ne résument que les hauts faits du régime et publient les discours politiques, qui ne sont pas toujours reproduits en intégralité en raison de la pénurie de papier. Pas plus utiles, la radio et la télévision reprennent les mêmes nouvelles sous le même angle. « Ce journal ne vaut rien, mais au moins ça me permet de savoir ce qui se passe dans mon pays », m’a expliqué un Cubain qui me conduisait à l’aéroport en parlant du quotidien Granma internacional.

Les quelques journalistes indépendants informent uniquement par Internet, qui est pratiquement inaccessible pour les Cubains. La grande majorité des Cubains n’ont pas d’ordinateur, et on me dit qu’une connexion à la maison est interdite. Interdit aussi d’utiliser les services des hotels, qui sont réservés aux touristes – parfois sur présentation du passeport seulement. Dans les centres de communication pour Cubains, l’accès coûte généralement 6 $ l’heure, alors qu’ils en gagent entre 10 et 30 $ par mois. On comprendra qu’on ne passe pas des heures à lire nouvelles et opinions indépendantes sur le Web. Quant à ceux qui tentent de faire circuler l’information indépendante à l’intérieur du pays, le régime les considère comme des ennemis de l’État, ce qui les entraîne souvent derrière les barreaux pendant des années. En fait, mieux vaut être à l’extérieur de Cuba pour lire ce qui se passe à l’intérieur du pays.

En marchant dans la rue avec un Cubain qui me parle de son travail à la fabrique de tabac, un policier s’interpose. « Pourquoi parles-tu avec cet étranger ? Tu sais que tu ne peux pas. » J’invente alors une histoire pour ne pas le mettre dans l’embarras. Le policier demande néanmoins la carte d’identité du Cubain pour mettre une note à son dossier. On ne me demande rien. Il ne faudrait surtout pas offenser un étranger, l’industrie touristique étant devenue la première source d’argent au pays. D’autres policiers seront d’ailleurs plus diplomates, m’expliquant qu’ils interviennent pour s’assurer que les Cubains n’achalent pas les touristes. Mais la présence policière a un autre objectif évident : limiter l’échange d’information. Les étrangers pourraient apprendre que le Cuba des Cubains ne se résume pas aux paradis touristiques de Varadero ou Cayo Coco, et les Cubains risqueraient de s’ouvrir sur le monde et souhaiter un changement de régime. Reste que pour l’heure, ils n’en sont pas là. Les Cubains sont beaucoup plus préoccupés à améliorer leur conditions économiques individuelles qu’à se mobiliser pour modifier l’ensemble de leur système politique.

Pour des millions de vacanciers, Cuba est synonyme de soleil, plage, rhum, cigare, salsa. L’île permet de s’évader de la réalité quotidienne. À l’inverse, la « perle des Caraïbes » est plutôt une prison de laquelle des millions de Cubains voudraient s’évader. Les nouvelles y arrivent au compte-goutte, et la possibilité de s’informer se limitent aux communications avec les touristes ou la famille à l’étranger. L’information que nous faisons circuler a donc une portée beaucoup plus importante qu’on pourrait l’imaginer. Elle représente un outil non négligeable pour que les Cubains reprennent le contrôle de leur pays et en exploitent pleinement son potentiel.

À mon retour à Montréal, j’apprends que c’est la semaine canadienne du droit de savoir. Quand les Cubains auront-ils la leur?

Publié sur le site Internet de l’Agence de presse étudiante mondiale le 4 octobre 2006

« Page précédente


RSS Google Reader…

  • L’Amérique sans le New York Times ? Riposte de l’intéressé 13 janvier 2009
    Le New York Times n’a pas du tout aimé l’article de la revue The Atlantic sur ses difficultés financières au point de penser qu’il ne respecte pas « les principes fondamentaux du …journalisme ».  Dans une lettre rendue publique Catherine Mattis, Senior Vice President en charge de la communication pour le New York Times s’étonne que la revue n’ait pas jugé ut […]
    Pierre Taillefer

Articles d’intérêt