Les plus hauts dirigeants du Parti communiste chinois (PCC) se sont réunis en octobre pour exposer les orientations politiques du pays pour les cinq prochaines années. Malgré une certaine ouverture du PCC à une éventuelle participation citoyenne «ordonnée», la Chine demeure un État à parti unique dans lequel la liberté politique reste hors de portée pour plus de 1,3 milliard de citoyens.
Éditorial de la mi-novembre publié dans Le Panoptique.
1949. Au sortir d’une longue guerre civile qui faisait suite aux ravages de la Deuxième Guerre mondiale et de l’impérialisme japonais, la Chine s’en va tout droit vers la banqueroute. Le pays est aux prises avec une importante inflation, des réseaux routiers et ferroviaires mal en point, un système d’irrigation défectueux et une agriculture beaucoup moins productive qu’avant la guerre. La prise du pouvoir par les communistes et la fondation de la République populaire de Chine par Mao Zedong promettent de donner un nouveau souffle au pays. Et la population y croit. En se basant sur le modèle soviétique, le Parti communiste chinois élabore des plans quinquennaux qui transforment la Chine. Des réformes territoriales et de la collectivisation sous Mao jusqu’aux «quatre modernisations» (agricole, industrielle, scientifique et militaire) lancées par Deng Xiaoping en 1978, la société chinoise passe par des réformes colossales. Au prix de millions de vies humaines, l’Empire du Milieu s’impose graduellement sur la scène internationale en tant que puissance économique, politique, militaire et culturelle.
Aujourd’hui, après cinquante-huit ans de régime communiste, alors que l’économie chinoise est en pleine ébullition et fascine le monde, les Chinois continuent de vivre sous un régime politique autoritaire qui montre très peu d’ouverture. Si le PCC prétend toujours mettre en place un État socialiste, ses activités traduisent plutôt sa volonté de consolider son pouvoir dans un pays rempli de contradictions sociales et politiques.
Au cours des dernières années, les Chinois ont organisé des dizaines de milliers de manifestations dénonçant des confiscations de territoires par le gouvernement, l’augmentation de la pollution et du coût de la vie, la mauvaise qualité de certains produits et aliments de même que le sous-développement des systèmes d’éducation et de santé. Aussi, la société chinoise est de plus en plus divisée alors que l’écart entre les riches et les pauvres se creuse. Pendant que les régions côtières du Sud-Est se développent à vue d’oeil, l’intérieur de la Chine semble toujours appartenir à une autre époque. L’État a certes augmenté ses investissements en santé et en éducation dans les régions rurales depuis quelques années, mais des réformes plus ambitieuses sont nécessaires pour permettre à l’ensemble de la population chinoise de se développer pleinement. C’est dans ce contexte que l’élite politique chinoise s’est rencontrée le mois dernier pour expliciter les orientations politiques ayant été minutieusement préparées depuis des mois par les plus hauts responsables de l’État.
Du 15 au 21 octobre, 2 213 délégués du PCC étaient rassemblés à Pékin dans le cadre du 17e Congrès quinquennal de l’unique formation politique chinoise. Pratiquement autant de journalistes chinois et étrangers étaient accrédités pour couvrir l’événement politique le plus important du pays en cinq ans. En théorie, c’était l’occasion pour le Congrès, autorité suprême du Parti, d’élire le Comité central du PCC et la Commission centrale de Contrôle de la Discipline, en plus de prendre position sur le rapport politique du secrétaire général qui présente les initiatives et les objectifs visés pour les prochaines années. En pratique, il s’agissait principalement d’une opération de relations publiques du secrétaire général Hu Jintao et des autres membres du Comité permanent du Bureau politique (Politburo), l’organe le plus puissant du système politique chinois (1).
Les observateurs s’attendaient à bien peu du Congrès, et pour cause. Le président Hu Jintao s’est contenté de prôner une croissance économique équilibrée et certaines réformes politiques entamées au cours des cinq premières années de son mandat, dont la lutte anti-corruption et le contrôle des problèmes sociaux et environnementaux. Sans surprise, le numéro un chinois en a profité pour défendre le rôle capital que le PCC joue dans le développement de la Chine. Il a certes critiqué certaines politiques inachevées et mentionné l’existence d’écarts importants entre ce que le Parti a réalisé et les attentes du peuple, mais d’aucune manière ces critiques ne remettaient en question la prééminence du Parti communiste sur la société chinoise. Conscient des critiques à l’endroit du régime, le mea culpa de Hu n’avait d’autre but que de se montrer un tant soit peu attentif aux Chinois qui, encore une fois, ne pouvaient pas participer aux discussions politiques de leur pays.
En dépit des promesses du président Hu Jintao de démocratiser le PCC, les avancées sont pour le moins modestes. Dans son discours d’ouverture, Hu a prononcé le mot «démocratie» à plus de 60 occasions, notamment pour annoncer la volonté du PCC «d’élargir la démocratie à l’intérieur du Parti pour développer une démocratie populaire». Or, la démocratisation s’est limitée à l’augmentation du nombre de candidats au Comité central par rapport aux postes disponibles, passant d’environ 5% à 10%. Pour ce qui est du Comité permanent du Politburo, véritable lieu décisionnel du régime chinois, la nomination des membres demeure opaque. Et alors qu’on parle d’améliorer la transparence dans les affaires du Parti et de prévenir les décisions arbitraires prises par une minorité de dirigeants, on constate que les élections ne sont toujours pas au menu.
Malgré une attention particulière à moins d’un an des Jeux olympiques de Pékin, le Parti communiste chinois montre très peu d’ouverture. Ironiquement, la flamme olympique, présente à Athènes en 2004, passera donc du berceau de la démocratie au plus puissant régime autoritaire. Au moment où tous les projecteurs seront braqués sur Pékin, il est impératif de faire état des abus de pouvoir du régime communiste chinois et que la communauté internationale appuie la population chinoise dans ses démarches pour obtenir une voix politique qui lui soit propre et qui représente ses intérêts.
Éditorial de la mi-novembre publié dans Le Panoptique.
(1) Le Congrès est l’autorité suprême du Parti communiste chinois. Une fois tous les cinq ans, il élit le Comité central et la Commission centrale de contrôle de la discipline. À son tour, le Comité central élit le Bureau politique du Comité central, son Comité permanent et son secrétaire général. Le Comité permanent regroupe les neuf membres les plus importants du Bureau politique du Comité central, incluant le secrétaire général du Parti. Il est entendu que c’est ce groupe restreint qui dirige le Parti communiste et par extension l’ensemble de l’État chinois.
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