Archive pour octobre 2007

Congrès du Parti communiste chinois: une opération charme

Collaboration spéciale pour La Presse, de Pékin

 Publié dans La Presse le 16 octobre 2007, et sur Cyberpresse

Les plus hauts dirigeants du Parti communiste chinois mettent la table, cette semaine à Pékin, pour les cinq prochaines années. Leur congrès ne représente toutefois guère plus qu’une opération de charme. Le président Hu Jintao a bien annoncé quelques réformes politiques, mais elles demeurent cosmétiques.

Des milliers de policiers entourent le Palais du peuple, près de la place Tiananmen. « Il y a un large périmètre de sécurité parce que les représentants du peuple sont venus discuter des orientations politiques du pays pour les années à venir », explique Chaya, étudiante dans la vingtaine qui passe le long de la célèbre place au centre de Pékin en allant à l’université.

Elle le dit avec le sourire, presque dans les mêmes mots que la télévision d’État. Pourtant, comme plus de 99 % de la population chinoise, elle n’a pas son mot à dire pendant que l’avenir de son pays se joue à l’intérieur.

Plus de 2200 délégués du Parti communiste chinois (PCC) sont réunis cette semaine à Pékin pour le congrès quinquennal de l’unique formation politique du pays. Choisis prudemment par le Parti, ils sont au Palais du peuple pour établir les grandes lignes de la politique chinoise au nom des 73 millions de membres du PCC. Les autres Chinois, plus de 1,3 milliard, ne seront tout simplement pas entendus.

Malgré le battage médiatique entourant l’événement, bien peu de décisions importantes sont attendues cette semaine. Il s’agit plutôt d’une opération de charme du président Hu Jintao.

Il s’est d’ailleurs contenté hier, lors d’un discours d’ouverture de près de deux heures et demie, de prôner une croissance économique plus équilibrée et des réformes politiques ne remettant pas en cause le pouvoir du Parti communiste.

L’» approfondissement des réformes politiques » a été confirmé comme axe prioritaire des cinq prochaines années, mais la sacro-sainte « démocratie socialiste » reste à l’honneur.

C’est en « brandissant bien haut l’étendard du socialisme » que le numéro un chinois a insisté sur la « participation des citoyens » qui sera étendue « de manière ordonnée ». Pas question donc pour la Chine de passer à un système démocratique parlementaire de type occidental.

Il s’agit de « parvenir progressivement à élire, dans les agglomérations urbaines et les régions rurales, les députés et représentants des assemblées populaires » mais il faut aussi « accroître la capacité du Parti à exercer le pouvoir » et éviter toute « précipitation », a-t-il ordonné.

L’objectif central demeure donc, néanmoins, la promotion de « l’harmonie sociale » et le maintien de la stabilité du régime. Une tâche de plus en plus difficile pour un parti qui tente de favoriser la libéralisation économique rapide dans un « système communiste à la chinoise », sans démocratie ni séparation des pouvoirs.

La grogne contre la Chine

Depuis le dernier congrès en 2002, des dizaines de milliers de manifestations ont eu lieu à la suite des confiscations de territoires par le gouvernement et l’augmentation de la pollution.

Et la grogne contre la Chine n’est pas seulement intérieure. À moins d’un an des Jeux olympiques de Pékin, plusieurs organisations pour les droits de l’homme critiquent la répression du régime envers les dissidents politiques et le manque de transparence de la presse nationale. Pourtant, l’État s’oppose toujours à la diffusion de nouvelles dont le contenu « entrave la sécurité nationale et l’intérêt public ». Le Parti s’est d’ailleurs félicité de la fermeture de milliers de sites Internet avant le Congrès.

« Les médias sont tous sous le contrôle de Xinhua (Chine nouvelle), l’agence de presse officielle du parti », explique Carmen, jeune Chinoise ayant fait des études en journalisme. « Lorsqu’ils reçoivent les communiqués de Xinhua, les médias obtiennent un second document dans lequel on explique de quoi on peut parler, et surtout de quoi on ne doit pas traiter. » Elle ajoute : « Pendant mes cours, on passait environ la moitié du temps à apprendre comment écrire un bon article. Le reste des cours étaient consacrés à quoi dire et ne pas dire, principalement sur le plan politique. »

Malgré tous les efforts du Parti à présenter le congrès comme un lieu de réformes et de modernisations pour le développement de la Chine, les Chinois ne voient pas tous le Congrès du même œil. Tiago, qui enseigne l’anglais dans le sud du pays, ne se fait plus d’illusions. Il coupe court sur la politique chinoise : « Il est beaucoup plus important d’améliorer ma situation économique et que mon fils apprenne l’anglais pour pouvoir étudier à l’étranger que de vouloir modifier un système rigide qui tient depuis près de 60 ans. » Ne voit-il pas un lien entre sa condition économique et le système politique ? L’air embarrassé, il acquiesce d’un petit hochement de la tête. Mais loin de Pékin, il demeure plus intéressé par sa situation personnelle que par les activités du Parti.

Avec l’Agence France-Presse

 Publié à la Une de La Presse le 16 octobre 2007, et sur Cyberpresse


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