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L’appareil diplomatique québécois dans le dossier de la diversité culturelle

Cet article fait partie d’un dossier sur les relations internationales des provinces canadiennes publié dans le journal Le Multilatéral, janvier-février 2008

Site du journal Le Multilatéral : www.lemultilateral.ca

S’il est un dossier dans lequel le Québec s’est illustré sur la scène internationale, c’est bien celui de la diversité culturelle [1]. Depuis la fin des années 1990, le travail concerté du gouvernement et de la société civile ont fait du Québec un acteur clé dans la protection et la promotion des cultures. Par leurs propres canaux diplomatiques, les représentants québécois ont participé à divers forums internationaux pour créer un outil juridique qui puisse empêcher les industries culturelles d’être à la solde des accords commerciaux traditionnels [2].

Les quelque six millions de Québécois francophones qui baignent dans un bassin de plus de 300 millions d’anglophones n’auraient pu conserver leur culture sans une volonté ferme de soutenir leur industrie culturelle. Le modèle québécois de l’industrie culturelle, qui fonctionne en grande partie grâce aux subventions publiques, ne tiendrait pas s’il était assujetti aux accords de libre-échange qui ne permettent pas d’avantager les entreprises locales par des mesures législatives ou fiscales.

Le Canada a d’ailleurs été victime de la logique de libéralisation des marchés en 1997 lorsque l’Organisation mondiale du commerce (OMC) l’a informé que ses politiques fiscales favorisant l’industrie canadienne des périodiques étaient contraires aux règles commerciales. Pour protéger l’industrie canadienne face au géant américain, Sheila Copps, alors ministre du Patrimoine canadien, s’est rapidement saisie du dossier pour placer la culture au centre des débats bilatéraux et multilatéraux.

De son côté, le Québec a été épargné dans le conflit des périodiques du fait que les magazines en questions – Reader’s Digest, Sports Illustrated et Time Magazine – étaient anglophones. Mais trois ministres du gouvernement du Québec – Louise Beaudoin (Culture et Communications), Bernard Landry (Économie et Finances) et Sylvain Simard (Relations internationales) – sont tout de même intervenus pour empêcher l’Accord multilatéral sur l’investissement (AMI) de mettre en péril les industries culturelles québécoises. Cet accord négocié entre les pays membres de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) proposait une libéralisation accrue des échanges.

Les gouvernements canadien et québécois ont donc levé les boucliers sur des dossiers particuliers différents, mais avec la même volonté globale de pouvoir continuer à favoriser leur milieu culturel. Malgré une certaine cohésion entre leurs intérêts, ils ont toutefois développé leurs propres réseaux diplomatiques pour faire avancer leurs positions à l’extérieur du pays. Pour le Québec, il s’agit du rôle le plus important qu’il a joué jusqu’à ce jour dans la conclusion d’un traité international.

Les efforts du gouvernement du Québec

Lors d’une conférence intergouvernementale sur les politiques culturelles pour le développement à Stockholm en 1998, Sheila Copps invite les ministres de la Culture d’une vingtaine de pays à Ottawa. La rencontre débouche sur la création du Réseau international sur la politique culturelle (RIPC) – qui regroupe aujourd’hui plus de 70 gouvernements. À titre de ministre de la Culture du gouvernement du Québec, Louise Beaudoin souhaite participer à cette rencontre, mais Mme Copps refuse de lui accorder une place entière. Devant ce refus, le gouvernement du Québec juge préférable de ne pas s’y rendre. Mme Beaudoin explique qu’à ce moment, il valait mieux miser sur la France pour faire avancer les idées du Québec à l’international.

En décembre 1998, les premiers ministres français et québécois, Lionel Jospin et Lucien Bouchard, lancent l’idée de protéger et défendre la diversité culturelle en incluant le concept et certaines clauses contraignantes dans les accords internationaux. Ils créent alors un groupe de travail pour évaluer la faisabilité juridique d’un instrument international sur la diversité culturelle. Leur rapport, publié en 2002, agira comme force de proposition, notamment dans le cadre de la Francophonie. Les auteurs du rapport, Ivan Bernier et Hélène Ruiz-Fabri, seront impliqués tout au long du processus menant à l’adoption de la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles par l’UNESCO en octobre 2005.

En mars 1999, la nouvelle ministre québécoise de la Culture et des Communications, Agnès Maltais, participe à une journée de réflexion avec les ministres de la Culture des pays d’Amérique latine pendant laquelle elle aborde le thème de la diversité culturelle en y exposant la situation québécoise. En septembre, elle prend la parole sur le même thème dans le cadre de la seconde réunion informelle du réseau des ministres de la Culture à Oaxaca, au Mexique. Elle y affirme que « le Québec croit, à l’instar d’autres pays, qu’une solution acceptable […] pourrait être l’élaboration d’une convention qui permettrait d’assurer le maintien et le développement de la diversité culturelle ». Le Québec continue ainsi de faire valoir sa position.

En octobre 1999, les parlementaires de l’Assemblée nationale du Québec, de concert avec ceux du Parlement centraméricain, adoptent une résolution sur la protection de la diversité culturelle dans le cadre des processus d’intégration, dans laquelle ils se prononcent en faveur de l’exception culturelle d’ici à ce qu’il y ait une convention ou un instrument pour réglementer la culture dans le commerce international.

Un mois plus tard, quelque quarante ministres de la Culture se réunissent en table ronde, sous la coprésidence du Canada et de la France, en marge de la 30ème session de la Conférence générale de l’UNESCO. Mme Maltais profite du droit de parole exceptionnel qui est donné au Québec pour expliquer sa position en matière de diversité culturelle. Elle exprime alors le souhait que « l’UNESCO poursuive de façon formelle sa réflexion pour mener à une convention internationale sur la culture, semblable à celle de l’Organisation internationale du travail, reconnue par l’OMC […] [et] qu’un signal clair soit lancé à la fin des travaux de cette session, un signal sur la diversité culturelle et le nécessaire pouvoir des États et des gouvernements à mettre en œuvre leurs politiques ».

En septembre 2000, le RIPC – lancé deux ans plus tôt par Sheila Copps – explore « la proposition d’un instrument international pour la promotion de la diversité culturelle ». Il s’agit là d’une avancée importante pour le Québec qui avait été le seul participant à se présenter en faveur de cette option l’année précédente. En décembre, Mme Maltais fait état des rapports de plus en plus difficiles entre le commerce et la culture devant plus de soixante ministres de la Culture réunis en table ronde à la demande de l’UNESCO. Elle y suggère que l’UNESCO mette sur pied un forum international pour coordonner toutes les instances réfléchissant à la diversité culturelle et l’élaboration d’un instrument international. Le même mois, le Conseil de l’Europe adopte sa Déclaration sur la diversité culturelle. L’idée fait son chemin.

En juin 2001, les 55 ministres et chefs de délégation des États et gouvernements des pays présents à la troisième conférence ministérielle de la Francophonie sur la culture adoptent une déclaration et un plan d’action qui réaffirment que la diversité culturelle constitue un enjeu majeur du vingt-et-unième siècle. La nouvelle ministre québécoise à la Culture et aux Communications, Diane Lemieux, croit que ce consensus au sein de la Francophonie s’avère un « pas important ». En septembre 2001, elle participe à la quatrième réunion annuelle du RIPC à Lucerne en Suisse où elle défend l’idée d’un instrument international relatif à la diversité culturelle.

Les prises de paroles continuent et en octobre 2002, Mme Lemieux entreprend une mission à l’étranger afin de faire valoir la position du Québec en matière de diversité culturelle. Elle participe à la réunion annuelle du RIPC en Afrique du Sud et à la deuxième conférence européenne des ministres régionaux de la Culture et de l’Éducation de l’Assemblée des régions d’Europe avant de se rendre au Liban où elle rejoint la délégation du Québec en vue du Sommet de la Francophonie.

C’est à cette occasion que le nouveau premier ministre du Québec, Bernard Landry, et le prince héritier du Maroc, Son Altesse Royale Moulay Rachid, introduisent conjointement le thème de la diversité culturelle. Leur volonté commune de saisir les États membres de la Francophonie et de l’UNESCO de l’importance de mener à terme ce débat sera d’ailleurs reprise dans la déclaration officielle qui exprime la volonté d’adopter à l’UNESCO une convention internationale sur la diversité culturelle, consacrant le droit des États et des gouvernements à maintenir, établir et développer des politiques de soutien à la culture et à la diversité culturelle.

En février 2003, les membres du RIPC demandent au directeur général de l’UNESCO de prendre en charge le développement et l’adoption d’un instrument juridique international contraignant en matière de diversité culturelle. En septembre de la même année, la conférence générale de l’UNESCO le mandate de soumettre un rapport préliminaire et un avant-projet de convention pour la conférence générale d’octobre 2005. Cette étape importante donne un nouvel élan aux débats qui se poursuivent dès lors dans une perspective plus juridique et dans un forum multilatéral plus englobant que la Francophonie. L’Assemblée générale de l’UNESCO adopte la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles en octobre 2005, laquelle entre finalement en vigueur le 18 mars 2007.

Bien que le Québec n’ait pas de véritable siège à l’UNESCO – contrairement à la Francophonie où il est membre de plein droit depuis 1971 – sa présence a continué d’être importante dans la suite des travaux. On pense au gouvernement et aux parlementaires qui ont fait leurs propositions, au milieu culturel qui a continué d’informer leurs collègues autant ici qu’ailleurs, et aux experts qui ont participé aux réunions et à la rédaction de l’avant-projet de convention.

Le rôle de la société civile québécoise

Préoccupée par l’impact négatif de l’appauvrissement de la diversité culturelle, la société civile québécoise a été proactive dans ce dossier. C’est d’ailleurs au Québec qu’est née la première coalition d’associations professionnelles issues du monde de la culture. Dès le printemps 1998, une douzaine d’associations québécoises du milieu culturel se regroupent à l’occasion de la bataille contre le projet d’Accord multilatéral sur les investissements (AMI) et forment la Coalition pour la diversité culturelle dans le but de sauvegarder et promouvoir la diversité culturelle. Les Québécois Pierre Curzi et Robert Pilon en sont des acteurs centraux. Ensemble, ils travaillent à ce que les accords de commerce international ne contraignent pas les politiques culturelles afin que « les États et gouvernements aient entière liberté d’adopter les politiques nécessaires au soutien de la diversité des expressions culturelles ».

Grâce au soutien financier des gouvernements du Québec et du Canada, ce regroupement ne tarde pas à tendre des ponts afin de mobiliser l’industrie culturelle à l’échelle mondiale. Les créateurs, artistes, producteurs, distributeurs, radiodiffuseurs et éditeurs canadiens se joignent rapidement à leurs collègues québécois afin de former une coalition pancanadienne qui réunie aujourd’hui 35 associations.

Parallèlement, le groupe travaille au développement de coalitions ailleurs dans le monde. Aujourd’hui, il existe des coalitions nationales pour la diversité culturelle dans 42 pays, ce qui représente plus de 600 organisations professionnelles de la culture. En septembre 2007, les délégués de coalitions de 37 pays se sont rassemblés à Séville et ont créé la Fédération internationale des coalitions pour la diversité culturelle (FICDC) – dont le siège social sera à Montréal, où la Coalition canadienne pour la diversité culturelle est déjà établie. La FICDC suivra l’évolution de la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles de l’UNESCO et travaillera à favoriser la ratification de cette dernière.

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Le dossier de la diversité culturelle est sans contredit celui qui a permis au Québec de jouer son rôle le plus important sur la scène internationale. Le Québec a développé un réseau diplomatique international qui lui permet de mener la plupart de ses activités internationales relatives à la diversité culturelle à l’extérieur du cadre fédéral canadien. Autant le gouvernement, la société civile que ses experts de la fonction publique et du milieu universitaire ont travaillé de pair pour en arriver à protéger et promouvoir les expressions culturelles québécoises.

L’activité soutenue de la diplomatie québécoise dans le dossier de la diversité culturelle est emblématique des nouvelles relations internationales. Alors que l’échiquier international était jadis réservé aux seuls gouvernements centraux, force est de constater que les gouvernements non-centraux peuvent désormais avoir leur place dans les relations internationales. Dans le cas présenté, le Québec a réussi, sans disposer de tous les outils d’un pays souverain, à mobiliser plusieurs acteurs afin de faire avancer sa position et développer son propre réseau de soutien. Par contre, le cadre fédéral canadien ne permet pas au Québec de gérer l’ensemble des activités qui le concernent au-delà de ses frontières. En ce sens, même si le Québec développe ses relations internationales, il n’est pas en mesure de mettre en œuvre une véritable politique étrangère autonome.

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Lectures suggérées

Bernier, Ivan (2000). Mondialisation de l’économie et diversité culturelle : les enjeux pour le Québec, Québec, Assemblée nationale du Québec, Commission sur la culture, mars 2000, 31 pages.

Lachapelle, Guy et Bruno Maltais (2005). « Diversité culturelle et stratégies subétatiques : le cas du Québec », Revue internationale de politique comparée, Vol. 12, no 2, pp. 143-159.

Paquin, Stéphane & Louise Beaudoin (édit.) (2006). Histoire des relations internationales du Québec, Montréal, VLB Éditeur.

Paquin, Stéphane (édit.) (2006). Les relations internationales du Québec depuis la Doctrine Gérin-Lajoie (1965-2005), Québec, Les Presses de l’Université Laval.

Site Internet sur la diversité culturelle du Gouvernement du Québec : www.diversite-culturelle.qc.ca

Notes:

[1]Pourquoi défendre la culture

La Déclaration universelle sur la diversité culturelle adoptée par l’UNESCO en 2001 – qui était alors le document le plus complet et très largement accepté sur cet enjeu – érige la diversité culturelle au rang de « patrimoine commun de l’humanité » et « fait de sa défense un impératif éthique, inséparable du respect de la dignité de la personne humaine ». Comme les industries culturelles sont soumises à la même logique économique que toutes les sphères de la société, les biens et services culturels tels que les livres, films, spectacles et pièces musicales ont tous une valeur marchande. En étant soumis aux lois du marché, les biens et services culturels sont tous jugés en fonction d’un même critère : leur rentabilité. On ne peut être créateur que si l’on est compétitif ; l’expression culturelle n’est possible que si elle génère des profits. Cela a pour effet de brimer la liberté d’expression des artistes qui doivent créer des biens et services d’abord axés sur leur profitabilité, rendant ainsi la satisfaction du consommateur superficielle. De plus, comme la reproduction est souvent plus rentable que la création de nouveaux biens et services, la diversité des expressions culturelles, qui illustre la pluralité des identités, s’appauvrit. Sans créer un outil juridique contraignant, la convention de 2001 dégageait donc un consensus au sein de la communauté internationale comme quoi la culture n’est pas subordonnée aux droits économiques et commerciaux. Mais pour que les expressions culturelles soient réellement protégées, il fallait aller plus loin en créant un véritable outil juridique contraignant. Pour y arriver, il a fallu que la diversité culturelle s’affirme comme un sujet majeur des débats internationaux vers la fin des années 1990, lorsque plusieurs organisations régionales et internationales ont examiné cette question.

[2]La Convention

Il a fallu attendre la fin des années 1990 avant qu’une réelle pression à l’échelle mondiale soit exercée afin de protéger la diversité culturelle au même titre que la biodiversité et que naisse l’idée de mettre sur pied une convention internationale forte ayant la capacité de faire pression sur les États, empêchant ainsi l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) d’être le seul régulateur des échanges commerciaux. Cette volonté, qui s’est rendue à l’UNESCO par le biais de la Francophonie, était principalement celle des gouvernements québécois, canadien et français qui ont préparé le terrain en faisant la plupart du travail de recherche et de diplomatie dans les forums multilatéraux.

La Convention de l’UNESCO sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles est entrée en vigueur le 18 mars 2007. Au 31 décembre 2007, 76 États avaient accepté, adhéré, approuvé ou ratifié ce traité. En théorie, cette convention devrait constituer une première étape dans l’émergence d’un droit culturel international qui permette de préserver la pluralité des expressions culturelles et de favoriser leur émergence, notamment en permettant d’adopter des mesures et des politiques pour protéger et promouvoir les industries culturelles. En vertu de la convention, les États l’ayant ratifié « s’efforcent de créer sur leur territoire un environnement encourageant les individus et les groupes sociaux- : a) à créer, produire et distribuer leurs propres expressions culturelles et y avoir accès ; b) à avoir accès aux diverses expressions culturelles de leur territoire ainsi qu’à celles provenant des autres pays du monde. » Par ailleurs, ils « s’emploient à renforcer la coopération bilatérale, régionale et internationale afin de créer les conditions propices à la promotion de la diversité des expressions culturelles ». Reste à voir son impact réel alors que le processus de règlement des différends est non-contraignant et que les États-Unis n’ont pas signé la Convention.

Tel que présenté par l’UNESCO, la vocation cette Convention est de renforcer les cinq maillons inséparables de la même chaîne, à savoir la création, la production, la distribution/diffusion, l’accès et la jouissance des expressions culturelles véhiculées par les activités, biens et services culturels. La Convention entend donc 1) réaffirmer le droit souverain des Etats d’élaborer des politiques culturelles ; 2) reconnaître la nature spécifique des biens et services culturels en tant que porteurs d’identité, de valeurs et de sens ; et 3) renforcer la coopération et la solidarité internationales en vue de favoriser les expressions culturelles de tous les pays. Avec la Convention de 1972 concernant la protection du patrimoine mondial, culturel et naturel et celle de 2003 pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel, la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles est l’un des trois piliers de la préservation et de la promotion de la diversité créatrice.

Mika à Montréal

Mika s’est arrêté à Montréal hier soir dans le cadre de sa tournée nord-américaine.

Écrit avec Claude Bouchard (merci pour la mémoire musicale!) et publié sur le site de l’Agence de presse étudiante mondiale

C’est une véritable boule d’énergie qui s’est présentée hier soir au Centre Bell pour déballer son univers musical. À travers les marionnettes géantes, ballons, confettis et costumes, Mika a diverti la foule pendant une heure et demie avec des chansons plus accrocheuses les unes que les autres.

Accrocheuses ? C’est qu’en moins d’un an, le chanteur libano-anglais a vendu plus de 4 millions d’albums à travers le monde. Et Mika a son lot de fans à Montréal. L’an dernier, il faisait salle comble au Club Soda pour présenter son premier album, Life in Cartoon Motion. Hier, 11 000 fans l’attendaient en véritable star dans la plus grande salle de sa tournée nord-américaine.

Pourtant, Mika n’invente rien. L’influence de Freddy Mercury et Queen transcende son répertoire, et les Beatles, Elton John, Billy Joel, Eurythmics et les Beach Boys jouent dans son ombre tout le long du spectacle. On aperçoit même des fantômes de Judy Garland et des Backstreet Boys ! Côté présence sur scène, il se déhanche à la Mick Jagger, incapable de contenir son trop plein d’énergie.

Son public, à l’image de son disque, était diversifié et hétéroclite. Aux adolescents en délire s’ajoutaient de jeunes enfants et des parents visiblement heureux d’accompagner les petits. Mais à 23h00, il commençait à se faire tard pour un lundi soir.

Les deux premières parties (Creature et The Midway State) auraient pu être un peu plus courtes, mais ce sont surtout les entractes abusivement longs – sans musique et les lumières ouvertes – qui refroidissaient les ardeurs.

Quelques minutes avant l’entrée sur scène de Mika, une vague humaine particulièrement réussie a soulevé la foule. Le chanteur a gardé l’énergie en commençant avec ses deux succès Relax (Take it Easy) et Big Girl (You Are Beautiful). Il a continué à montrer ses prouesses musicales avec d’autres pièces telles que Stuck In The Middle, l’un des moments les plus forts, musicalement, de la soirée. Quant à ses nouvelles chansons, moins rythmées, elles ont reçu un accueil plutôt tiède.

Mika a terminé son spectacle avec la fougue du début, enchaînant Love Today, Grace Kelly et Lollipop. Faute d’avoir un plus vaste répertoire, il a du revenir à Relax, plus disco cette fois, pour le rappel. Mais pourrait-on lui en vouloir, alors que son premier album n’a pas encore un an ?

Même s’il utilise à outrance de vieilles recettes musicales, Mika offre un spectacle de qualité. À ses mélodies accrocheuses s’ajoute une voix puissante et juste. Et à Montréal, son excellent français le rend encore plus attachant. Reste à voir s’il saura chausser les souliers de ses prédécesseurs.

Vers les présidentielles américaines de 2008

Les électeurs américains choisiront un nouveau président le 4 novembre prochain. À dix mois des élections, voici un survol des principaux enjeux et de certaines caractéristiques de la société américaine qui pourraient influencer l’issue du scrutin.

Publié sur le site Internet du journal Le Panoptique le 1 janvier 2008 

La guerre en Irak

Si certains observateurs1 estiment que la guerre en Irak est l’enjeu clé des présidentielles de 2008, d’autres croient que son incidence pourrait être moins déterminante que l’on veut bien le croire. Selon Pierre Hassner, professeur à l’Institut d’Études Politiques de Paris, bien que les Américains aient l’impression d’avoir été floués par l’administration Bush sur la question irakienne, ils sont nettement moins affaiblis qu’après la guerre du Vietnam (1959-1975) et ne semblent pas vouloir abandonner leur politique étrangère interventionniste2. En ce sens, en dépit du fait que démocrates et républicains soient aux antipodes sur la stratégie à adopter pour terminer l’intervention en Irak – les démocrates discutent d’un éventuel plan de retrait des troupes et les républicains souhaitent augmenter les ressources –, leur vision de la politique étrangère des États-Unis ne serait pas radicalement différente. D’ailleurs, tous les candidats sont fermes sur la question de la sécurité (dont la prolifération nucléaire) et ils sont tous en faveur d’une augmentation des budgets et des effectifs militaires, notamment de l’armée de terre3. Les aspirants à la Maison Blanche continueront sans doute de faire valoir leur position sur l’Irak, mais on ne s’attend pas à ce qu’elle influence outre mesure le choix des électeurs.

Par contre, il suffirait qu’il y ait un second 11 septembre pour que la guerre en Irak et d’autres questions de sécurité deviennent les enjeux centraux. Hassner croit que dans ces circonstances, l’élection du républicain Rudy Giuliani – considéré comme le candidat le plus à droite sur les questions de sécurité – ne serait pas impossible4. On se souviendra d’ailleurs des élections de mi-mandat de 2002 qui, quelques mois avant le scrutin, laissaient croire que les républicains seraient sanctionnés pour la mauvaise posture de l’économie, et du tournant majeur à quelques jours des élections lorsque les menaces terroristes ont été évoquées et que le renversement du régime de Saddam Hussein a été présenté comme la suite logique des mesures à prendre dans la lutte contre le terrorisme.

La menace iranienne

L’Iran, qui est dans la mire de Washington depuis un bon moment en raison de son programme nucléaire civil qui pourrait également servir à la création de bombes, devient un sujet encore plus épineux à la suite du rapport des services de renseignement américains publié au début décembre5. On y apprend que l’Iran ne serait probablement pas en mesure de produire suffisamment d’uranium hautement enrichi pour fabriquer une bombe nucléaire d’ici 2013. Rappelons qu’en 2005, un autre rapport indiquait que l’Iran était «déterminé à développer des armes nucléaires en dépit de ses obligations internationales et de la pression internationale»6. Le rapport de décembre change la donne en indiquant plutôt que l’Iran a réagi aux pressions, sans fermer complètement la porte au développement de l’arme nucléaire. Même si le président américain George W. Bush continue de croire que l’Iran est dangereux et juge qu’il y a encore des choses à expliquer, l’enjeu devient plus difficile à débattre. Comme les questions de politique étrangère ne sont généralement pas les plus déterminantes dans le choix des électeurs, il serait probablement plus avantageux pour les candidats de se concentrer sur les enjeux qui touchent plus directement les Américains.

L’énergie

Devant l’impressionnante consommation pétrolière, tous les candidats s’entendent sur la nécessité de diversifier les approvisionnements en pétrole pour éviter que les États-Unis soient à la solde de pays exportateurs dont l’instabilité complique les relations commerciales. Mais les mesures visant la réduction de la consommation ne sont pas abordées et aucun candidat ne propose d’augmenter la taxe sur les produits pétroliers. L’«American way of life», caractérisée par la consommation rapide des ressources naturelles, demeure intouchable.

Mentionnons que, du côté républicain,  Rudy Giuliani envisage l’éthanol et le nucléaire comme sources d’énergie alternatives au pétrole et que chez les démocrates, Hillary Clinton est aussi favorable à la diversification des sources d’énergie – incluant l’éthanol – mais qu’elle aborde toutefois la question de l’efficacité énergétique. Reste à voir si cet enjeu peut soulever les passions.

Immigration

Sur la question de l’immigration, démocrates et républicains se différencient par rapport à leur approche plus ou moins dure à l’endroit des immigrés illégaux et de l’obtention de la citoyenneté américaine. Malgré les différences, le projet de mur entre les États-Unis et le Mexique – pour freiner l’immigration mexicaine clandestine – a néanmoins la faveur de tous les candidats, à l’exception de John Edwards.

Et l’immigration est un sujet à double tranchant. Par exemple, le républicain Rudy Giuliani croit que les immigrants devraient être capables de parler et d’écrire en anglais pour devenir citoyens américains, ce qui pourrait rallier les électeurs inquiets des répercussions négatives des quelques 12 millions de sans-papiers. Par contre, cette mesure ne serait sans doute pas appréciée des électeurs hispanophones. Le professeur Charles-Philippe David résume: si l’économie américaine se porte mal, un  «sentiment anti-immigration» pourrait se développer et les candidats républicains seraient alors favorisés7. Reste à voir qui profitera de la conjoncture économique.

Économie

Sur le plan économique, les candidats sont tous en faveur du développement de nouveaux accords de libre-échange, les républicains étant en faveur du laisser-faire et les démocrates étant plutôt d’avis qu’il faille encadrer les échanges commerciaux. Par exemple, Hilary Clinton souhaite inclure des normes sur le travail et l’environnement, tandis que Barack Obama insiste sur l’importance de compenser les groupes les plus vulnérables à la libéralisation tous azimuts.

Mais, au moment des élections, les électeurs pourraient se fier davantage à leur situation économique plutôt qu’à la vision économique des candidats. D’ailleurs, plusieurs chercheurs se sont penchés sur la relation qui existe entre les indicateurs économiques – tels que l’inflation et le taux de chômage – et les résultats électoraux. Leurs études tendent à démontrer que les électeurs tiennent le gouvernement responsable de la situation économique, et voteraient donc pour le parti au pouvoir lorsque l’économie se porte bien, et contre le parti au pouvoir lorsque les conditions économiques sont moins bonnes8.

Encore une fois, il suffit d’imaginer l’effet d’une menace terroriste imminente, qui planerait sur les États-Unis au moment des élections, pour comprendre que plusieurs enjeux, incluant la situation économique, pourraient être relégués au second plan. Comme les républicains sont généralement mieux perçus que les démocrates pour faire face aux questions de sécurité, ils ont la possibilité de rebondir à tout moment, comme ce fut le cas aux élections de mi-mandat en 2002.

Religion

La religion est un autre enjeu incontournable de la politique américaine. Un sondage du Pew Research Center révélait en décembre que les électeurs ont une opinion plus favorable des candidats perçus comme religieux9. En effet, selon le centre de recherche, 61% des électeurs sont moins susceptibles de voter pour un candidat athée. Et encore faut-il que ce soit la «bonne religion». Par exemple, le même sondage révèle que 45% des électeurs ne voteraient probablement pas pour un candidat musulman. Barack Obama, même s’il est un catholique affiché, pourrait être désavantagé, lui qu’on associe souvent à la religion musulmane parce que son deuxième prénom est Hussein, que son père est musulman et que le candidat a passé une partie de son enfance en Indonésie, un pays musulman.

S’il gagne l’investiture républicaine, Mitt Romney serait le premier candidat mormon à la présidence. Il pourrait lui aussi être désavantagé puisque 25% des répondants affirmaient avoir des réticences face à un candidat mormon. Le 6 décembre, Romney a d’ailleurs fait un important discours sur la place de la religion dans la politique américaine, afin de limiter les effets négatifs que l’aspect religieux pourrait avoir sur sa campagne. Celui qui est perçu comme le candidat le plus religieux10 affirmait alors que la religion devait avoir une place dans l’espace public, mais que ses croyances personnelles ne viendraient pas influencer ses fonctions présidentielles. Quant aux candidats évangéliques, juifs et catholiques, leurs croyances ont beaucoup moins d’impact sur les intentions de vote11. Rappelons que la situation était bien différente en 1960 lorsque John Fitzgerald Kennedy est devenu le premier président catholique des États-Unis.

Le conservatisme victime de ses succès?

Selon Justin Vaïsse, historien spécialiste des États-Unis, nous assistons à «l’essoufflement de la révolution conservatrice» – prônant le retrait de l’État fédéral, la déréglementation économique, la réforme du «welfare state» devenu envahissant et l’affirmation des libertés individuelles. Vaïsse estime que plusieurs de ces objectifs ont été atteints, dont le taux d’imposition maximum, qui est deux fois plus bas que lorsque Reagan a pris le pouvoir en 1981, l’implosion de l’URSS, qui a laissé le champ libre aux États-Unis, et la baisse du taux de criminalité dans les années 199012.

Vaïsse ajoute qu’à partir des années 2000, la globalisation économique et les nouvelles menaces terroristes ont entraîné une recherche de sécurité. Face à cette nouvelle réalité, il estime que «la révolution conservatrice n’a plus grand-chose à dire» et que des réponses collectives seraient plus appropriées pour répondre aux menaces terroristes et aux défis de la mondialisation13.

Selon Charles-Philippe David, l’essoufflement de l’idéologie viendrait du fait que le choc néoconservateur a fait ses dommages et que les conséquences sont désormais visibles partout dans la politique américaine14. Pour la politique étrangère, il ne faudrait donc pas s’attendre à des changements majeurs: «Les faucons et les interventionnistes sont “in”; les colombes et les réalistes sont “out”», d’ajouter M. David. Dans ces circonstances, il estime que le grand perdant sera le peuple américain qui n’aura pas de véritable choix.

L’impopularité de l’administration Bush, à la suite de la guerre en Irak et de sa lenteur à réagir après le ravage de la Nouvelle-Orléans par l’ouragan Katrina, en août 2005, seraient également responsables de la chute de popularité des conservateurs. Plus que de la conjoncture, Vaïsse croit que c’est du côté des transformations profondes du pays que l’on peut envisager de quoi aura l’air l’après-Bush.

Sur le plan sociologique, Vaïsse remarque que le dynamisme démographique de l’Amérique ne passe plus par les zones rurales15. Dans l’ensemble, les petites villes et la campagne votent pour les conservateurs alors que les grandes villes penchent davantage du côté démocrate. Avec la dynamique géographique, qui va vers les côtes et les grandes villes, un mouvement de fond favoriserait les démocrates.

Or, dans son livre What’s the Matter with Kansas16, Thomas Frank explique qu’au nom de certaines valeurs morales telles que l’avortement et le mariage gai, bon nombre d’Américains votent contre leurs intérêts sociaux et économiques. Il ironise la situation en écrivant que de petits fermiers votent aujourd’hui en faveur des intérêts des grands argentiers de Wall Street qui pourraient leur nuire plus que les aider.

Dans ce cas, «l’essoufflement» évoqué par Vaïsse serait circonscrit à certains aspects qui pourraient affaiblir le Parti républicain, mais les valeurs morales sur lesquelles repose le conservatisme seraient encore solides.

Quant aux raisons électorales, Vaïsse note que le Parti républicain – dominant seulement dans le sud – s’est ghettoïsé et est devenu «l’otage de ses minorités actives» concentrées dans cette même région, ce qui l’empêche d’ouvrir sur le reste du pays. Vaïsse donne l’exemple de la loi sur l’immigration qui devait montrer que le Parti républicain était ouvert à l’immigration, cherchant ainsi à charmer les hispanophones, devenus plus nombreux que les Africains-américains. Or, la base conservatrice républicaine s’y est opposée et le projet de loi a finalement échoué17.

Le professeur Louis Balthazar partage le point de vue de Vaïsse quant à l’essoufflement du conservatisme américain qu’il décrit comme une bulle longtemps exagérée, surexploitée. Mais, il ne croit pas que la démographie contribue à cet essoufflement. Il explique que le mouvement de population ne se fait pas tant vers les grandes villes que vers les banlieues élargies. Or, il n’est pas certain qu’en raison de leur mode de vie et de leur homogénéité, ces populations soient devenues moins conservatrices18.

Conclusion

À dix mois des élections du 44e président des États-Unis, les paris restent ouverts. Et malgré certaines tendances lourdes dans la campagne, certains enjeux – principalement liés à la sécurité intérieure – pourraient changer la donne à l’aube du scrutin. Toutefois, les thématiques qui ont été les plus populaires jusqu’à maintenant et le portrait de la société américaine laissent croire que ceux qui s’attendent à beaucoup de changement au lendemain des élections du 4 novembre pourraient être déçus. Si le visage du président sera différent à compter du 1 janvier 2009, le visage des États-Unis, lui, pourrait bien être le même.

Publié sur le site Internet du journal Le Panoptique le 1 janvier 2008

Notes

1. Christine Fréchette, Étienne Guertin et Pierre Martin, Coordonnatrice, agent de recherche et directeur à la Chaire d’études politiques et économiques américaines de l’Université de Montréal sont de cet avis. Voir [En ligne] <http://www.ledevoir.com/2007/11/13/164199.html>.
2. Propos de Pierre Hassner recueillis lors de la conférence Les États-Unis face au monde, Chaire Raoul Dandurand en études stratégiques et diplomatiques, Université du Québec à Montréal, 8 novembre 2007.
3. Propos de Charles-Philippe David recueillis lors de la conférence Les États-Unis face au monde, 8 novembre 2007.
4. Propos de Pierre Hassner recueillis lors de la conférence Les États-Unis face au monde, 8 novembre 2007.
5. Le 3 décembre 2007, les services de renseignement américains ont publié le National Intelligence Estimate, document qui évalue les intentions et les capacités nucléaires iraniennes pour les 10 prochaines années. On y apprend que l’Iran ne sera probablement pas en mesure de produire suffisamment d’uranium hautement enrichi pour produire une bombe nucléaire d’ici 2013. Les auteurs du rapport ajoutent toutefois que leurs estimations sont plus appropriées pour ce qui est de la capacité d’acquérir ces armes que sur les intentions de l’Iran et les réactions qu’aurait la communauté internationale. Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad s’est appuyé sur ce nouveau rapport pour légitimer la poursuivre de ses activités nucléaires civiles. De son côté, le président américain George W. Bush continue de croire que l’Iran est dangereux et juge qu’il y a encore des choses à expliquer. Le rapport du service de renseignement américain est disponible à l’adresse <http://www.dni.gov/press_releases/20071203_release.pdf>.
6. Des extraits du rapport de 2005 sont cités dans le National Intelligence Estimate publié le 3 décembre, et disponible à l’adresse <http://www.dni.gov/press_releases/20071203_release.pdf>.
7. Propos recueillis lors de la conférence Les États-Unis face au monde, 8 novembre 2007.
8.  La littérature scientifique sur le sujet compte plus de 300 titres selon les recensions de Michael S. Lewis-Beck et Mary Stegmaier, dans leur article «Economic Determinants of Electoral Outcomes», Annual Review of Political Science, no 3, pp. 183-219.
9. Voir [En ligne] <http://pewforum.org/docs/?DocID=267>
10. Ibid.
11.  Ibid.
12. Propos de Justin Vaïsse recueillis lors de la conférence Les États-Unis face au monde, 8 novembre 2007.
13. Ibid.
14. Propos de Charles-Philippe David recueillis lors de la conférence Les États-Unis face au monde, 8 novembre 2007.
15. Propos de Justin Vaïsse recueillis lors de la conférence Les États-Unis face au monde, 8 novembre 2007.
16. What’s the Matter with Kansas? How Conservatives Won the Heart of America, par Thomas Frank, First Owl Books Edition, 2005. Une version en français sera disponible à partir du 18 janvier: Pourquoi les pauvres votent à droite? Comment les conservateurs ont gagné le cœur des États-Unis (et celui des autres pays riches), Édition Agone.
17. Propos de Justin Vaïsse recueillis lors de la conférence Les États-Unis face au monde, 8 novembre 2007.
18. Propos de Louis Balthazar recueillis lors de la conférence Les États-Unis face au monde, 8 novembre 2007.

Un regard français sur le Québec

Impressions du livre « Québec, mon amour », de Patrice Charrais

Ce n’est pas un voyage au Québec que Patrice Charrais raconte dans son livre « Québec, mon amour », mais une évasion, une recherche de sa « légende personnelle ». Loin de l’agitation parisienne, l’auteur s’est laissé charmer par les paysages et la société québécoise. De son propre aveu, sa rencontre avec le Québec fut une révélation, un dépaysement, une expérience de vie qui a tout chamboulé.

« O’Québec, mon amour, je tombe amoureux de ton pays, orné des couleurs d’espérance : du bleu de tes ciels nordiques, du jaune de tes printemps tardifs, du rouge des érables flamboyants de tes étés indiens. O’mon sirop d’amour ! O’Québec, mon cœur d’érable ! O’Québec, mon amour, ne parle pas, tutoie-moi, embrasse-moi, étouffe-moi d’un autre langage qui me fera vivre » (p.33)

Entre le récit de voyage et l’essai poétique, « Québec, mon amour » transporte le lecteur dans le Québec d’antan et dans les états d’âme de l’auteur, en passant par quelques réalités plus contemporaines. Sans surprise, les descriptions renferment cette perception typiquement française du Québec, qui passe évidemment par… l’orignal et le sirop d’érable ! Exotiques pour le lecteur français, certains passages feront sourire le Québécois.

Des descriptions de faits historiques oubliés de la plupart des Québécois aux envolées littéraires qui permettent de réfléchir sur le sens de la vie, « Québec, mon amour » touche à plusieurs sujets sans s’y attarder en profondeur. Déroutant à première vue, le passage rapide d’événements historiques aux états d’esprit donne souvent l’impression qu’on lit les notes de voyage de l’auteur. Mais il suffit de quelques pages pour entrer dans cette histoire d’amour partagée par Patrice Charrais.

Une courte lecture somme toute agréable, qui permet de voir le Québec à travers les yeux d’un Français, tout en revisitant différents coins de pays et quelques pages de l’histoire québécoise.

« O’ Québec, mon amour ! Tu m’appelles, je l’entends par tes silences. Depuis que je t’ai quitté, Y a comme un trou dans ma vie… »

« Québec, mon amour », par Patrice Charrais, Editions Publibook, 2007, 100 pages, www.publibook.com

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